Ces déesses de « dessous-terre » reflètent
sans doute le rêve alchimique où tout s’accomplit dans le ventre de la terre,
dans cette chaleur qui est à l’origine de toute transmutation. Elles sont la
lumière du non-manifesté. Si toutefois le rêve de fécondité s’est représenté
par la femme aux larges hanches, au ventre rebondi, ici, la mère présente
l’Enfant. Ce culte de la Déesse-Mère, de la femme qui enfante comme le fait la
terre, notre mère nourricière, est mis en évidence par le fait que la statue
est trouvée dans le sol, dans le champ, dans le lit d’une rivière grâce à un
laboureur : les bœufs qui forment l’attelage s’arrêtent à l’emplacement de
la statuette enterrée. L’auteur, en définissant symboliquement le bovin, songe
au culte de Mithra. Ce sera au lieu même de la découverte que sera construite
la chapelle, car la statue placée dans un sanctuaire avoisinant, reviendra
d’elle-même au lieu sacré où elle résidait, comme pour indiquer que ce lieu est
sacré, qu’il n’est pas choisi arbitrairement par l’homme mais qu’il est
seulement découvert par ses soins. Ce lieu consacré est bien typique : un
tertre entouré d’arbres, avec une eau vive, celle du baptême régénérateur. La
statuette, réceptacle de la divinité, reste l’intermédiaire entre l’homme et
Dieu, elle accomplit des miracles et sa dévotion sera à la mesure de cette foi
qu’elle engendre.
Jean-Pierre Bayard : Préface aux Vierges noires de J. Bonvin

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