Nirvâna
signifie en sanskrit extinction. On aura beau lui donner un sens
transcendentalement métaphysique, il aura toujours pour nos oreilles et pour
nos âmes occidentales une couleur négative et passive par sa seule vertu
terminologique. Le mot Résurrection, au contraire, a un sens positif et actif,
puisqu’il signifie Vie éternelle, Action par le Divin. Que les théosophes
européens, qui, par tempérament et par conviction, préfèrent le Bouddha,
suivent son enseignement et sa voie, rien de plus légitime assurément et rien
de mieux, puisque cela contribue à enrichir notre expérience et à élargir notre
horizon. Mais il importe de reconnaître et de maintenir que le monde actuel
tourne autour du Christ comme autour de son axe et que toute l’évolution historique
s’opère sous son signe et dans son esprit. La théosophie nouvelle a donc mille
fois raison et nous rend un service inappréciable en fouillant jusqu’en ses
derniers arcanes le trésor de la sagesse hindoue pour faciliter la synthèse
religieuse et philosophique dont l’esprit moderne a besoin. Mais elle se
condamnerait à ne comprendre que le passé, à ignorer le présent et l’avenir si
elle écartait de son programme le facteur essentiel et central de notre
évolution planétaire qui est le Christ. Si la théosophie veut agir d’une
manière féconde sur la mentalité contemporaine, elle ne pourra le faire qu’à
travers le christianisme, qui est la tradition de l’Occident, et à travers
l’ésotérisme chrétien qui est son principe vital.
Odilon Redon : La Mort de Bouddha
Édouard Schuré :
Mystère chrétien, mystères antiques

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