L’imposture des librairies indépendantes : indépendantes de quoi ? Du pouvoir en place ? Mais enfin, « Barricades » c’est le pouvoir en place : des agents du système qui se la jouent subversifs et révolutionnaires tout en répétant les discours mille fois entendus. Leurs barricades ne vous protègent pas, elles sont là pour vous empêcher de sortir. Ainsi donc, les librairies indépendantes seraient indépendantes des plateformes numériques ? Il y a souvent plus de choix sur Amazon qu’en librairie « physique » : naguère encore, on dénichait sur Amazon des livres épuisés, ou à très faible diffusion, introuvables dans le commerce. Seuls inconvénients : les frais de port, le stockage des données privées (numéro de carte de crédit) et les livraisons à l’arrachée. Raison pour laquelle, je privilégie certaines librairies du monde réel, mais sans illusion sur leur véritable nature.
En librairie, la censure se pratique le plus souvent
par omission. Il faut produire une apparence de choix — la diversité, leur
« Zauberwort » — tout en vous dissimulant d’autres sources. En
théorie, la liberté d’information implique de donner la parole à la
contradiction, ou aux points de vue minoritaires ou marginaux. Or, la majorité des librairies « indépendantes »
pratiquent des coupes sombres en fonction des desiderata du ministère de
la Vérité : la littérature russe, par exemple, a quasi complètement disparu des
rayonnages, hormis celle qui nous explique que Poutine c’est Hitler. Assez
remarquablement aussi, on ne trouve que des éditeurs marqués à gauche, jamais à
droite, ce qui témoigne d’une étrange hémiplégie politique, surtout quand on
prétend incarner la démocratie.
Proportionnellement, les plates-formes en ligne font
moins la morale. Pas de prêchi-prêcha sur le vivre-ensemble, sur les beaux
livres écrits par des auteurs belges à la con. Grosso modo, l’équilibre
gauche-droite y est davantage respecté. Sur Amazon, on peut, entre autres,
commander un livre d’Alexandre Douguine, ce qui est quasi impossible en
librairie physique.
On me rétorquera que les GAFAM maltraitent leurs
employés, un esclavage 2.0, mais les librairies aussi. Si vous souhaitez continuer à en manger,
ne jetez pas un coup d’œil sur leur cuisine. Vu de l’intérieur, ce sont des
sectes : secte de droite, secte de gauche, secte quand même. Les GAFAM,
c’est L’Assommoir. La librairie indépendante, Le Meilleur des Mondes.
Lumpen contre Epsilon. Robots contre Bisounours. Au fond, ils ne sont pas si
différents. En revanche, là où un libraire belgifié peut refuser de vous commander un
livre, « ce n’est pas conforme à nos valeurs », Amazon n’aura pas
d’état d’âme : le business d’abord. Autant en profiter, bien que les
marges se rétrécissent là aussi.
Reste à savoir s’il y a encore une réelle nécessité à lire des livres-papier à une époque où l’information circule par d’autres canaux. Pourquoi une telle bataille autour du livre-papier ? Pourquoi les médias tiennent-ils autant à nous faire lire des beaux livres ? C’est une évolution récente, apparue vers la fin des années 90, avec le développement d'Internet. Peut-être certains secteurs de l’édition servent-ils de niches fiscales ou de pompes à subventions ? À moins qu’il ne faille tout simplement écouler la marchandise avariée dont personne ne voudrait autrement…
Pendant ce temps-là, les riches, eux, ont accès
libre et complet à Jestor, Academia.edu, Researchgate et d’autres sites, en partie privés, où on
trouve du vrai contenu historique, économique, juridique, philosophique. Lire
un PDF sur la neurobiologie n’a pas exactement le même poids qu’un roman de la
propagandiste Caroline Lamarche.
C'est bel et bien sur ces plateformes numériques que se trouve l’avenir de l’intelligence et ce sont ces mêmes banques de données qu'il importerait d'ouvrir au plus grand nombre, dans un souci d'éducation permanente. En attendant, les coups de cœur de votre libraire « indépendant » lui sont dictés par le Ministère bruxellois et par d’autres officines socioculturelles. Tous poursuivent un même but, un peu plus vite, un peu plus lentement : déculturer la Wallonie à coups de mangas, de young adults et d'autres Harry Potter. Il leur importe de nous désarmer intellectuellement face à la Flandre qui, elle, connaît ses classiques, et n'a que faire du politiquement correct, mais, comme dans Fahrenheit, vous n’y verrez que du feu et vous en redemanderez.

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