Astarté

 

Source : Vierges noires, la réponse vient de la terre, par Jacques Bonvin, éditions Dervy, quatrième édition, merci à L’Herbier du mouton blanc.

Les premiers croisés étaient surpris de trouver en Orient des cultes de la Vierge Marie. Il s’agissait le plus souvent de représentations de la déesse Isis et d’Horus. Le Père De Lattre, dans son livre sur Le Culte de la Sainte Vierge en Afrique, relate que le seul moyen d’éviter une erreur entre une statue d’Isis et une de la Vierge Marie, était de regarder si les objets qui accompagnaient la statue, ainsi que les offrandes étaient d’origine chrétienne ou non. Sinon, il était impossible de faire la différence.

Il est sûr que de nombreuses statues de la Déesse Isis, ont été ainsi été rapportées dans les églises chrétiennes. Le professeur Mathias Delcor, professeur d’exégèse à l’Institut Catholique de Toulouse, spécialiste des manuscrits de la Mer morte et auteur d’un livre sur les Vierges romanes de Confiant et de la Cerdagne, raconte l’anecdote suivante, qu’il tient d’un archéologue, Conservateur du Musée de Vih. Après la guerre civile, en Espagne, se retrouvèrent entassés au Musée de Montjouic, un nombre impressionnant d’objets divers qui avaient été sauvés des églises.

En tant qu’archéologue, le Conservateur du Musée fut appelé pour faire une expertise. Il découvrit une statue de Vierge très ancienne qui était une Vierge reliquaire. Il l’ouvrit et eut la surprise de trouver dans sa logette à reliques… une tanit ! La déesse de la fécondité carthaginoise, l’homonyme d’Astarté, la déesse orientale de l’Amour. Il suppose que cette statue était d’origine catalane, car le culte de la déesse Tanit s’était développé sur le littoral et n’avait guère pénétré loin dans les terres. Ainsi, s’était assurée la continuité. Ne voulant pas perdre la force de la déesse-mère et refusant la destruction d’un culte païen, il a semblé logique aux populations qui la vénéraient, de l’associer tout naturellement au culte naissant de la Vierge Marie, qui leur apparaissait comme le dernier avatar de la déesse de la fécondité.

Il y eut peu de Vierges noires qui furent coulées. Celles connues sont toutes du même moule. La statue de plomb et d’étain polychromée de Châteauneuf-les-Bains dans le Puy-de-Dôme, est la copie conforme de celle de Thuir, dans les Pyrénées orientales, deux autres statues de Catalogne sont également sorties du même atelier de moulage. Dans cette représentation, la Vierge et l’Enfant sont revêtus d’habits d’apparats et couronnés. L’Enfant tient dans sa main gauche le livre fermé et referme à demi sa main droite, le poing légèrement ouvert. La mère, aux mains démesurées (dans la tradition des Vierges romanes auvergnates) tient avec la droite une colombe dont le bec caresse la main droite de l’enfant.

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