Ill. : Transhumanisme par Pavlo Kandyba. Source : L’air et les songes, essai sur l’imagination du mouvement par Gaston Bachelard, édition Corti, domaine français
Les aérostats, au moment où écrit Nodier, au début du
dix-neuvième siècle, jouent le même rôle explicatif que l’aviation au début du
vingtième siècle. Grâce à l’aérostat, grâce à l’avion, le vol humain cesse
d’être une absurdité.
En venant confirmer des rêves, ces moyens de vol
multiplient sinon le nombre de vol effectifs, du moins le nombre de rêves de
vols racontés. Rendons-nous compte aussi que la construction logique aime
souvent se prévaloir d’une préparation rêveuse, de sorte que certains penseurs
aiment à présenter leurs rêves comme des anticipations
« raisonnables. » L’essai de Charles Nodier sur la palingénésie
humaine et la résurrection est très intéressant à cet égard. Voici le
raisonnement central : puisque l’être humain, dans son rêve nocturne
sincère, a une expérience du vol, puisque l’être conscient, après de longues
recherches objectives, a réussi l’expérience de l’aérostat, le philosophe devra
trouver le moyen de relier le rêve intime et l’expérience objective.
Pour faire cette liaison, pour rêver cette liaison,
Charles Nodier imagine « l’être résurrectionnel » qui continuera
l’homme, qui perfectionnera l’homme, sous les espèces d’un être pourvu de
qualités aérostatiques. Si cette anticipation nous paraît actuellement baroque,
c’est parce que nous n’avons pas vécu la nouveauté de l’aérostat. L’aérostat,
inélégant, sphérique, est pour nous une vieille image, une image inerte, un concept
bien rationnalisé. C’est donc actuellement un objet sans grande valeur
onirique. Mais reportons-nous par la pensée au temps des montgolfières pour
juger la page de Nodier.
Malgré la part qu’il faut toujours faire au jeu littéraire quand on parle de Nodier, on ne tardera pas à sentir, derrière les images, une imagination sincère, une imagination qui suit naïvement la dynamique de ses images. Voici donc l’homme aérostat, l’homme résurrectionnel : il aura un torse agrandi, vaste et solide, la « carcasse d’un navire aérien », il volera en faisant « le vide à son gré dans son large viscère pneumatique et en frappant la terre du pied, comme l’instinct de son organisme progressif l’enseigne à l’homme dans ses rêves. »

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