À peu près à chaque fois, si je tentais d’écrire un
livre, la fatigue venait avant la fin. Je devenais étranger lentement au projet
que j’avais formé. J’oublie ce qui m’enflammait la veille, changeant d’une
heure à l’autre avec une lenteur somnolente. Je m’échappe à moi-même et mon
livre m’échappe ; il devient presque entier comme un nom oublié :
j’ai la paresse de le chercher, mais l’obscur sentiment de l’oubli m’angoisse.
Et si ce livre me ressemble ? Si la suite échappe au début ; l’ignore
ou le tient dans l’indifférence ? étrange rhétorique ! étrange moyen
d’envahir l’impossible. Reniement, oubli, existence informe, armes, équivoques…
la paresse elle-même utilisée comme énergie imbrisable.
Georges Bataille : L’Expérience intérieure

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