Si le propos des rituels funéraires est d’investir
l’évènement de la mort d’une personne d’une dimension symbolique, en attribuant
au défunt une fonction, des pouvoirs, en lui donnant, en tant qu’ancêtre, la
charge de régénérer la vie, alors, les fantômes ne sont qu’une entorse au cours
ordinaire de la génération humaine, une déviation, un court-circuit, un
parasite à extraire. Leur intérêt pour la théorie sociale ne peut qu’être
marginal : ils sont anecdotiques et saugrenus. À moins, bien sûr, qu’ils
ne se mettent soudain à proliférer. Alors que les guerres, les violences de
masse, les déplacements forcés, les épidémies — en fait, la détérioration
généralisée de notre planète, et de nos vies —, se révèlent évidemment
spectrogènes, que font la multiplication et la massification des fantômes à
l’anthropologie et à la raison comparative des institutions funéraires ?
Face à la catastrophe, les ethnographes doivent bien se saisir du sort des
cadavres déplacés et du devenir des ancêtres déviants. Si les fantômes sont le
symptôme d’un trouble dans la génération, alors ils deviennent le lieu parfait
à partir duquel envisager les moyens de résister au désastre.
Grégory Delaplace : La voix des fantômes

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