« Spasmodique, convulsif et agité »

 

Source : La Ressemblance informe ou le gai savoir visuel selon Georges Bataille par Georges Didi-Huberman, éditions Macula, relecture Septembre 2019-Avril 2026, recommandé par Neûre aguèce

Tout montrer, cela suppose que règnent le disparate, la discorde et la disconvenance. Et pourtant, le disparate n’est pas le non-rapport : voilà ce que la revue Documents s’attache à mettre en pratique, créant partout des rapports visuels et signifiants, c’est-à-dire bien souvent des ressemblances irritantes, des ressemblances qui grincent et, pour finir, des ressemblances qui crient. Bataille employait volontiers l’adjectif criard pour parler des choses visuelles : son rôle de « secrétaire général » lui aura permis de faire partout « crier » les mots, les sujets, les textes, et les images, les objets, les photographies, dans leurs dispositions réciproques, dans leurs effets de montage.

L’acte de transgression n’était donc pas seulement celui des limites outrepassées, mais celui, tout aussi bien, de limites rendues mais celui, tout aussi bien, de limites rendues mobiles, déplacées, rabaissées, « recollées », et unies « en certains points précis », là précisément où on ne les attendait pas. Là où, pourtant, le rapport devenait aussi décisif qu’il était irritant. Non seulement la disconvenance ou l’hétérogénéité d’une « ressemblance qui crie » ne peuvent en aucun cas réduire à de pures différences, puisqu’il s’agit en ce cas de différences qui touchent, voire de différences qui collent, mais encore le disparate ou la discorde ne se peuvent, eux non plus, laisser réduire à une pure et simple mise en désordre. Ici, le disparate est concentré, la discorde est dialectisée.

On pourrait même repérer, à travers l’obstination transgressive de Bataille, quelque chose comme une progression logique dans cette mise en excès de la ressemblance, dans ce feu critique destiné à embraser l’anthropomorphisme. Cette progression logique ne doit rien aux objets eux-mêmes, bien évidemment, elle ne doit rien aux termes puisque le corpus de Documents demeure, comme je l’ai dit, ouvert, non hiérarchisé, non finalisé. Mais elle peut se repérer dans les types de relations que Bataille impose à ces objets, à ces documents, à ces images : elle se répète en réalité dans les différentes façons de toucher et d’atteindre l’anthropomorphisme, la figure humaine.

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