Solaire

 

Dieu se savoure, dit Eckhart. C’est possible, mais ce qu’il savoure est, me semble-t-il, la haine qu’il a de lui-même, à laquelle aucune, ici-bas, ne peut être comparée. Je pourrais dire : cette haine est le temps, mais cela m’ennuie. Pourquoi dirais-je le temps ? Je sens cette haine quand je pleure ; je n’analyse rien. Si Dieu manquait un seul instant à cette haine, le monde deviendrait logique, intelligible, les sots l’expliqueraient ; si Dieu ne se haïssait pas, il serait ce que croient les sots déprimés : affaissé, imbécile, logique. Ce qui, au fond, prive l’homme de toute possibilité de parler de Dieu, c’est que, dans la pensée humaine, Dieu devient nécessairement conforme à l’homme, en tant que l’homme est fatigué, affamé sommeil, et de paix. Dans toute cause première, il y a ceci : un homme n’en peut plus d’être, il demande grâce et se jette harassé, dans la déchéance, comme, n’en pouvant plus, l’on se couche.

Georges Bataille : L’Expérience intérieure

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