Les livres, c’est toute ma vie, une vie de papier. Objectivement,
j’ai lu des livres qu’aucun de mes proches ne connaissait ; des livres que
personne ne connaît dans cette région du monde qui n’est elle-même connue de
personne. C’est plutôt bon signe. Je me le répète à un moment où le livre
s’efface, où moi-même je commence à m’effacer, où mes parents s’effacent, où la
Wallonie s’efface, où la langue française s’efface… une bonne partie du monde
dans lequel j’ai grandi n’existe déjà plus. Je ne le regrette pas et le monde
d’après-demain ne m’intéresse guère. En revanche, j’aimerais interposer quelque
chose entre nous : tout confier à la postérité, mais n’en rien espérer.
Écrire, c’est apprendre à disparaître, entrer dans l’oubli, dans le trou de
mémoire de la toile. Alors, comme dit Léon Bloy, je n’y serai plus, j’aurai
disparu, je ne sais comment, je serai infiniment loin, parmi les images des créatures.
Frank Brecht : Nachlass

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