« Sans la peine de mort, est-ce la peine de vivre ? »

 

La thèse fondamentale de Schmitt est la suivante : « dans toute idée politique, il y a une présupposition, une prise de position tacite sur la nature de l’homme. » Or, cette « présupposition » est de nature théologique. Elle est, notons-le, de nature théologique dans les deux cas, et tel est le fond de l’argumentation. Dans le cas du catholicisme, cette présupposition théologique ne fait pas de difficulté : c’est le dogme du péché originel, mais, dans le cas opposé, celui de l’anarchisme athée, comme Bakounine, la bonté originelle de l’homme est supposée ; il y a donc bien un dogme, mais anti-théologique, sous-jacent à la position politique révolutionnaire : il n’y a pas de mal, le seul mal étant précisément la conception du mal. Autrement dit, avec la négation du mal radical, l’anti-théologie suppose la théologie parce qu’elle est une théologie inversée. Faute d’être ouvertement satanique, cette position, dit Schmitt, est intenable autrement que sous forme littéraire, chez Baudelaire, dans la mesure où elle implique le manichéisme.

Raphaël Lellouche : La Guérilla herméneutique de Jacob Taubes

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