Quand je sollicite doucement, au cœur même de
l’angoisse, une étrange absurdité, un œil s’entrouvre au sommet, au milieu de
mon crâne. Cet œil, qui pour le contempler dans sa nudité, seul à seul, s’ouvre
sur le soleil dans toute sa gloire, n’est pas le fait de ma raison : c’est
un cri qui m’échappe. Car au moment où la fulguration m’aveugle, je suis
l’éclat d’une vie brisée, et cette vie, angoisse et vertige, s’ouvrant sur un
vide infini, se déchire et s’épuise d’un seul coup dans ce vide… C’est
seulement par ce moyen d’une représentation maladive, un œil s’ouvrant au
sommet de ma tête, à l’endroit même où la métaphysique ingénue plaçait le siège
de l’âme, que l’être humain, oublié sur la Terre, — tel qu’aujourd’hui, je me
révèle à moi-même, tombé, sans espoir, dans l’oubli —, accède tout à coup à la
chute déchirante dans le vide du ciel.
Georges Bataille : L’Expérience intérieure

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