« Par contact et par dévoration »

 

L’informe qualifierait donc un certain pouvoir qu’ont les formes elles-mêmes de se déformer toujours, de passer subitement du semblable au dissemblable, et plus précisément, car il eût suffi de dire déformation pour nommer tout cela, d’engager la forme humaine dans ce processus si exactement décrit par Bataille à propos du sacrifice aztèque : un processus où la forme s’ouvre, se dément et se révèle tout à la fois ; où la forme s’écrase, se voue au lieu dans la plus entière dissemblance en elle-même ; où la forme s’agglutine, comme le dissemblable viendrait toucher, masquer, envahir le semblable ; et où la forme, ainsi défaite, finit par s’incorporer à sa forme de référence, à la forme qu’elle défigure mais qu’elle ne révoque pas, pour l’envahir monstrueusement, magiquement dirait l’ethnologue, par contact et par dévoration. L’informe de Bataille ne désignerait donc rien d’autre que ce que nous avons visé dans l’expression des « ressemblances transgressives » ou des ressemblances par excès, ces contacts incessants, capables d’imposer à toute forme le pouvoir même du dissemblable.

Georges Didi-Huberman : La ressemblance informe

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