Il est certain que des événements immenses ont été
complètement, je ne dis pas perdus, mais cachés, ce qui est plus ou moins
affligeant. Cela dépend de ce que Dieu a mis au cœur et de l’idée qu’on se fait
de l’histoire. On sait quelque chose pourtant. Il n’existe pas une période un
peu longue dont on ne sache au moins quelques faits, ce qui est, si on veut,
une espèce de miracle dans un tel engloutissement. Que serait-ce d’un siècle
entier dont on ne saurait absolument rien ? Que penser, par exemple, d’une
histoire de France qui s’arrêterait inexorablement, à Malplaquet, pour ne
reprendre qu’au retour des cendres de Napoléon, sans qu’il restât seulement la
possibilité d’une hypothèse pour éclairer un pareil gouffre ? Eh
bien ! Cela ne changerait rien à la Vie divine qui est la seule histoire
et cela ne changerait rien à cette intangible certitude qu’étant des
« images » de Dieu, nous sommes appelés à tout connaître. Tout ce qui
s’est accompli sur la terre sera devant nos yeux quand il le faudra, devant nos
vrais yeux invisibles et impérissables et ce sera un éblouissement du Paradis,
d’apprendre enfin pourquoi certaines choses ne furent pas montrées. Il est
probable que, chaque jour, nous passons à côté de l’Arbre de la Science du Bien
et du Mal, sans même le voir, et cela est assurément un inestimable bienfait.
Cependant, Dieu qui a pitié de nos âmes curieuses permet que quelques fruits
aux trois quarts mangés des vers soient ramassés dans son ombre par des
impatients qui n’ont pas le courage d’attendre la vision béatifique
Léon Bloy : Constantinople et Byzance

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