Mandrake

 

Écrire est un don. Je confie tout à la postérité parce qu’elle n’a jamais rien fait pour moi. Les critiques, qu’ils viennent !, feront la grimace : hystérie… L’histoire, je lui tords le cou. Je lui écrase la tête à coups de marteau et je lui fourre n’importe quoi dans la boîte crânienne, avant de recoudre à gros points, en laissant l’aiguille en travers. Mes personnages, pour autant qu’ils soient des personnages, n’agissent pas : ils bredouillent, ruminent, crient, font des cauchemars, courent dans tous les sens, sans le moindre souci d’efficacité ou de cohérence. Parfois, la première personne du singulier prend le dessus, comme dans Calvaire, et le lecteur a l’impression de regagner les berges, mais c’est une illusion. Les liens de causalité se relâchent dans le texte et entre les chapitres, de sorte que le songe passe par les brèches et finit par tout emporter. Alors, la seule vérité émerge, un gibet au pied duquel hurle une mandragore : Crève Belgique !

Frank Brecht : Nachlass

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