« L’entendez-vous ce frôlement de lame ? »

 

Asteure, je relis les grands macabres, de Bataille à Wittkop, et puis mes propres carnets qui ne mènent nulle part. Autant y aller le plus vite possible. En vérité, j’aime les livres qui tiennent tout seuls, comme une araignée au plafond. Si les personnages sont des événements de l’âme, ni réels ni imaginaires, ils sont réels parce qu’imaginaires.

Après Perdurabo — mon chef-d’œuvre voué à l’oubli le plus doux, le plus tendre —, cette escapade est la bienvenue. Flânons parmi les asphodèles… Le calvaire nous mènera au bout de la forêt de Saint-Jean. Là-bas, nous allumerons trois bougies vertes, pour la Dame noire qui vient de Pologne. Enfin, il paraît. On raconte tellement de choses, surtout vers la fin.

La bouche d’ombre nous l’a bien expliqué. Le grand mystère, c’est le temps. Le temps qui passe. Le temps qui détruit tout. Le temps qui révèle tout, par soustraction. L’entendez-vous, ce souffle rauque, ce frôlement de lame ? La revoilà qui ricane : la Camarde pleine d’un zèle imbécile, avec son haleine de chacal et des pissenlits dans les trous de nez.

Frank Brecht : Calvaire (à paraître)

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