Source : Grammaire des temps messianiques par Donatella Di Cesare, traduit par Guy Deniau, éditions Hermann, collection Le Bel aujourd’hui, relecture mars 2019-mars 2026
« Nous voulons nous faire un
nom » (Genèse 11.4)
Faisons-nous un nom, shem, pour nous,
à notre gloire, et non pas à la gloire de Dieu, Hashem. Voilà précisément ce
que veut dire se faire un nom. Le nom sert à s’assurer une gloire éternelle, à
garantir l’éternité. La gloire garantie par le nom trouve le futur. C’est
pourquoi le nom, comme la tour, est une construction une sorte de monument.
Pour s’orienter et pour ne pas se disperser, les hommes auraient pu utiliser
n’importe quel signe, voire un signal. Autrement dit, il faut croire, et il se
peut qu’il en soit ainsi, que cet unique nom, qui devrait éviter la dispersion,
prononcé dans cette unique langue, par des lèvres uniques, est un nom
conventionnel, fruit de convention, et d’artifice, qu’il est donc artificiel
et, dans son unicité, aussi dangereux que les deux autres productions
artificielles créées à Babel : la ville et la tour.
La tradition juive est iconoclaste,
elle est centrée sur la parole : le Nom de Dieu est constitutif de Sa
Puissance ; de même, le nom que les hommes se sont faits, se sont imposés
et attribués en toute autonomie, est-il constitutif de leur puissance adressée
contre Dieu. À Babel, le nom « propre » humain prétendrait se
substituer au Nom Divin. Ce n’est plus ce Nom, mais le premier qui fournit le
point d’orientation. Ici, se trouve l’idolâtrie, mise en évidence aussi bien
dans le Talmud que dans la Kabbale. Car le futur, et l’éternité,
n’appartiennent qu’à Dieu.
Si le nom de Dieu, qui se transmet de génération en génération, doit demeurer le Nom éternel, le nom de l’homme pour sa part, venu hier, sera oublié demain.

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