Source : Eschatologie occidentale par Jacob Taubes, traduit de l’allemand par Raphaël Lellouche et Michel Pennetier, précédé de La Guérilla herméneutique de Jacob Taubes par Raphaël Lellouche, édition de l’Éclat, collection Philosophie imaginaire, relecture 2015-2018-avril 2026, un livre essentiel
L’apocalyptique est portée par le mouvement des
Zélotes. La littérature apocalyptique est la littérature des Zélotes. La
prédiction apocalyptique nourrit et attise la flamme zélote. La littérature
apocalyptique dont on a conservé comme dernier vestige les Oracles sibyllins,
s’inscrit dans la résistance spirituelle contre Rome. « On verra l’Orient
l’emporter. » « Fors ut valesceret Oriens. »
Et cela explique la jubilation du monde romain quand
Auguste, à partir de Rome, pacifia le monde. C’est dans ce monde de la pax
romana que jaillit la flamme du soulèvement juif. Depuis Hérode, le feu couvait
sous la cendre. Après sa mort, le peuple se soulève, des esprits en révolte se
rassemblent et exigent, outre la baisse des impôts, la suppression des taxes
douanières, la libération des prisonniers, et la destitution du Grand Prêtre.
Avec cette dernière revendication, le signal de la
révolte est donné, et Archélaos engage toute sa force armée « contre les
rebelles » : trois mille parmi les rebelles sont massacrés dans le
temple de Jérusalem, les autres s’enfuirent dans les montagnes proches. Ces
« rebelles » sont les violents dont Jésus dit : « Depuis
les jours de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le Royaume des Cieux souffre
violence et les violents le prennent de force. » (Matthieu 11.12) Dans cette
parole de Jésus est clairement conservé le rapport entre Jean et les révoltés.
Flavius Josèphe en sait quelque chose. Car, malgré quelques minimes interpolations, son récit sur Jean semble authentique. En accord avec les Évangiles, Josèphe connaît la force d’attraction merveilleuse des paroles de Jean, si bien que des foules nombreuses allaient vers lui. Le Tétrarque Hérode craignait que la renommé de l’homme, dont les conseils semblaient généralement suivis, ne pousse le peuple à la révolte et il préféra l’éliminer à temps. La tradition de Luc et celle du Talmud s’accordent sur le fait que Jean a vécu caché. Car tout indique que « Hanan le caché » de la tradition talmudique est identique à Jean le Baptiste ; la parole de Luc semble ainsi vouloir expliquer le nom de « Jean le caché. »

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