« Je ne vois pas le rapport »

 

Lorsque l’on se meurt ainsi et que l’on manque à ce point d’amour, il ne reste plus qu’à se réfugier dans l’imaginaire et rêver d’un être idéal chez lequel rien de tout ce qui affecte l’homme moderne ne soit repérable, en particulier, un être délivré de cette sexualité traumatisante et ridicule ; dès lors, l’androgyne « cauchemar des décadences », devient paradoxalement l’homme idéal qui aura su tuer en lui toutes les velléités de la chair ; et ce qui était conséquence d’un vieillissement des races est désormais l’objet d’une quête en vue d’échapper aux lois de la nature. « Émancipez-vous de l’instinct qui est un jour avilissant » écrit Péladan. Ernest Raynaud ajoute : » Donc tous, athées et croyants, s’essaient à la chasteté, mais l’escalade est dure et parfois, le pied leur glisse. » Le chemin est d’autant plus dur que l’homme est seul à tenter l’expérience. La femme, réduite au rôle d’initiatrice, peut être soit cette sphinge cruelle, soit l’ange consolateur qui éloigne l’homme de la sensualité. L’androgyne, c’est ce décadent solitaire, dépourvu de femme et d’amour, qui tente à lui seul d’assumer une condition qui lui paraît fascinante, non parce qu’elle est surnaturelle, mais parce qu’elle est contre-nature. Autrement dit, c’est plus à s’opposer à un ordre établi que songe le décadent. Et son opposition trouvera à s’exprimer dans quantité de récits où le travesti, notamment, servira à tromper la nature.

Nelly Emont : Les aspects religieux du mythe de l’androgyne dans la littérature de la fin du dix-neuvième siècle.

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