« Je ne parle pas aux Belges, ça les instruit »

 

Il est certes fâcheux d’être privé de lecteurs, fort désagréable de ne pouvoir éditer ses ouvrages, il n’est sûrement pas plaisant d’être inconnu, et il est on ne peut plus navrant de se voir privé des secours de cette dynamique qui vous ramène à la surface, qui fait votre publicité, et organise votre célébrité… mais n’oublions pas que la création artistique est chargée, nourrie par la solitude, par l’autonomie. C’est en lui-même que l’art trouve sa satisfaction et sa raison d’être. Une patrie ? Mais tout homme singulier, du fait de sa singularité, est un étranger dans son propre pays. Des lecteurs ? De tels écrivains n’ont jamais écrit pour les lecteurs, mais toujours contre eux. Honneurs, succès, promotion, renommée ? Ils sont devenus célèbres parce qu’ils ont su s’estimer eux-mêmes davantage que leur succès.

Witold Gombrowicz : Journal I

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