Ce que chaque homme est exactement, nul ne pourrait le
dire. Les plus favorisés peuvent tout au plus invoquer des ascendants rencontrés
il y a plusieurs siècles, dans les encoignures poussiéreuses de l’histoire, et
dont les noms inscrits en de très vieux parchemins, peuvent se lire encore sur
de rares tombes que le temps n’a pas émiettées.
Les croquants dont je suis ne savent rien ou presque
rien au-delà de leurs aïeux immédiats, paternels ou maternels ; mais les
uns comme les autres ignorent invinciblement leur parenté surnaturelle, et les
gouttes d’un sang plus ou moins illustre dont se réclament les superbes ne
constituent pour personne l’identité.
L’État civil dont vous êtes quelquefois si fier ne sait
absolument rien de votre âme et son registre de néant ne peut mentionner que
votre corps catalogué à l’avance pour le cimetière. S’il existe un arbre
généalogique des âmes, les Anges seuls peuvent être admis à le contempler. Les
autres arbres ainsi dénommés sont décevants et incertains. La généalogie des
âmes. Qui peut comprendre cela ?
Léon Bloy : Méditations d’un solitaire en 1916

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