In Sacrilege

 

Parler de mots inquiétants ou irritants, c’est d’abord parler de rapports inquiétants ou irritants entre les mots. C’est ensuite comprendre que l’œuvre de déchirure engagée par Bataille à l’encontre de tout rapport suturé — faux et clos comme une porte de coffre-fort, pour reprendre la comparaison qui, dans Documents, clôt justement l’article Bouche —, que cette œuvre de déchirure concernait avant tout, pour l’écrivain qu’il était, un certain usage, une certaine « convenance » des rapports entre les mots dans le discours. La langue paternelle, si l’on ose dire, la langue redingote des rhéteurs et des membres de l’Institut, la langue chiourme des gardiens de la « forme », exige par exemple qu’un adjectif se contente de supplémenter le substantif qu’il sert à spécifier. Bataille au contraire fait, y compris dans ses textes théoriques ou érudits, un usage des adjectifs qui vise à faire proliférer en directions contradictoires les suppléments de sens donnés par deux ou plusieurs épithètes, en sorte que se crée déjà, dans l’agencement des mots, comme un éventail de ressemblances par excès qui, littéralement, mettent mal à l’aise la « substantialité », la stabilité du substantif. Ainsi, lisons-nous souvent, dans les textes de Bataille, des expressions assez caractéristiques, du genre : « sacrilège immonde et éclatant. »

Mikhaïl Nesterov : Christ aux enfers
Georges Didi-Huberman : La ressemblance informe

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