« Ils ont choisi la pyramide parce que ça coule toujours vers le bas »

 

Si je compare maintenant la composition sociale à une pyramide, elle apparaît comme une domination du centre, du sommet (c’est un schéma grossier, pénible même) Le sommet rejette incessamment la base dans l’insignifiance et, dans ce sens, des vagues de rires parcourent la pyramide en contestant de degré en degré la prétention à la suffisance des êtres placés plus bas. Mais le premier réseau de ces vagues issues du sommet reflue et le second réseau parcourt la pyramide de bas en faut : le reflux conteste cette fois la suffisance des êtres placés plus haut. Cette contestation en contrepartie, jusqu’au dernier instant, réserve le sommet : elle ne peut manquer toutefois de l’atteindre. En vérité, l’être innombrable est en un certain sens étranglé par une convulsion répercutée : le rire, en particulier, n’étrangle personne, mais si j’envisage le spasme de multitudes (que jamais on n’embrasse d’un seul regard ?) le sommet, je l’ai dit, le reflux ne peut manquer de l’atteindre. Et s’il l’atteint ? C’est l’agonie de Dieu dans la nuit noire.

Georges Bataille : L’Expérience intérieure

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