Lorsque l’anthropologue Beth Conklin
les a rencontrés au milieu des années 1980, les Wari du Brésil occidental se
plaignaient de devoir désormais enterrer leurs morts, alors qu’ils avaient pour
coutume, jusqu’aux années 1960, d’en consommer rituellement la chair après les
avoir démembrés et fait rôtir, morceau par morceau, sur un feu spécialement
préparé. « Il fait froid sous la terre » : placer un mort dans
une tombe ne permet pas de lui témoigner autant d’attachement que lorsqu’on
mangeait des bouts de son corps. Surtout, placer un mort entier sous la terre,
sans le démembrer, sans le voir disparaître devant soi, empêche les proches
parents de l’oublier adéquatement : on continue malgré soi d’y repenser.
Grégory Delaplace : La Voix des fantômes, quand débordent les morts

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