« Il est sympa et attirant, mais méfiez-vous… »

 

Taubes vient de passer, depuis 1949, quelques années à Jérusalem comme chercheur associé sous la direction de Scholem. En 1952, il repart aux États-Unis, en quête d’un poste universitaire. C’est alors que, dans une lettre du 2 juin 1952, pour le prévenir de l’arrivée de Taubes, Scholem écrit à Strauss son estimation très négative de celui-ci : « Je suis très déçu par Taubes après l’avoir observé de près pendant deux ans et demi. Il utilise ses talents indéniables pour des tours de passe-passe philosophiques que je ne peux prendre au sérieux ; il fait cela au lieu de travailler sérieusement avec discipline et abnégation. Des rhapsodies sur des sujets qui lui sont fournis par d’autres et un charabia prétentieux sans cohérence intérieure. Je n’ai rien pu changer chez ce jeune homme… Que cela reste d’ailleurs strictement confidentiel pour le moment. » Ce à quoi Leo Strauss répond à Scholem le 22 juin de la même année, dans une surenchère de sévérité et de violence sur le cas Taubes : « En ce qui concerne Taubes, mes pires craintes ont été confirmées. Je n’ai jamais vu une ambition aussi effrontée, pourrait-il jamais être corrigé ? A-t-il la peau qu’il faut pour recevoir la correction qu’il mérite… L’homme qui n’est pas frappé n’est pas éduqué. » Par la suite, Strauss ne s’en tiendra pas à cette semonce.

Raphaël Lellouche : La Guérilla herméneutique de Jacob Taubes

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