Le fantôme est appelé à devenir le personnage principal
de notre monde. Alors qu’il n’était nulle part, voilà qu’il s’invite partout,
d’autant plus serviable qu’il semble promettre en tant que métaphore, de lier à
peu de frais des réalités incertaines et des mémoires empêchées. Les fantômes
sont « nucléaires » lorsque la radioactivité défie la mesure des
compteurs Geiger chez les habitants de la région de Tchernobyl, lorsque
l’irradiation est une réalité spectrale dont on doit apprendre à saisir le
comportement erratique, sans jamais vraiment savoir où elle est. Les
« fantômes » hantent les paysages de l’anthropocène lorsque les
conséquences ravageuses d’une exploitation de la terre pour le pouvoir et le
profit laissent des cicatrices invisibles appelées à définir notre futur et à
faire émerger de nouveaux mondes qu’il nous faudra bien habiter.
Grégory Delaplace : La voix des fantômes

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