Le génie poétique n’est pas le don verbal (le don
verbal est nécessaire, puisqu’il s’agit de mots, mais il égare souvent) c’est
la divination des ruines secrètement attendues afin que tant de choses figées
se défassent, se perdent, communiquent. Rien n’est plus rare. Cet instinct qui
devine et le fait à coup sûr exige même, ce qui le détient, le silence, la
solitude : et plus il inspire, d’autant plus cruellement, il isole. Mais
comme il est un instinct de destructions exigées, si l’exploitation que de plus
pauvres font de leur génie veut être « expiée », un sentiment obscur
guide soudain le plus inspiré vers la mort. Un autre, ne sachant, ne pouvant
mourir, faute de se détruire en entier, en lui détruit au moins la poésie.
Georges Bataille : L’Expérience intérieure

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