Endzeitgenossen

 

Source : Eschatologie occidentale par Jacob Taubes, traduit de l’allemand par Raphaël Lellouche et Michel Pennetier, précédé de La Guérilla herméneutique de Jacob Taubes par Raphaël Lellouche, édition de l’Éclat, collection Philosophie imaginaire, relecture 2015-2018-avril 2026, un livre essentiel

La pensée d’une « fin de tout temps » a quelque chose de terrifiant en soi, parce qu’elle conduit pour ainsi dire au bord de l’abîme : car on ne peut s’empêcher d’y tourner sans cesse son regard effrayé. Cette pensée décrit valablement l’essence de la raison « du point de vue moral. » Si nous franchissons ce passage du temps à l’éternité, nous rencontrons la fin de toutes choses, en tant qu’êtres temporels objets d’expérience possible. Mais cette fin est aussi pour les choses, dans l’ordre moral des fins, le commencement d’un état transcendant, soustrait aux conditions du temps ; et ces choses, ainsi que leur état, ne sont susceptibles d’aucune autre détermination de leur constitution que d’une détermination morale.

L’eschatologie transcendantale interroge au-delà des énoncés de l’eschatologie chrétienne : « Pourquoi les hommes, en général, s’attendent-ils à une fin épouvantable, pour la plus grande partie du genre humain ? La raison pour laquelle la première question semble enfantée par une idée de la raison, laquelle leur dit que la durée du monde n’a d’intérêt qu’autant que les êtres raisonnables en ce monde répondent au but final de leur existence, mais que si ce but n’avait plus de chance d’être atteint, la création leur apparaîtrait sans but : elle ressemblerait à un spectacle qui n’a pas de dénouement et ne donne à reconnaître aucune intention intelligible. La seconde question se fonde sur l’opinion selon laquelle la nature humaine est tombée dans une telle déchéance désespérée que la seule mesure correcte que prendrait la suprême sagesse et justice à l’égard des hommes, dans leur plus grande partie, serait de les supprimer de ce monde, et pour tout dire, une fin terrible. Les énoncés objectifs de l’eschatologie ont la valeur d’un mythe. 

Puisque nous n’avons affaire ici qu’à des idées (ou bien que nous jouons avec elles) que la raison se crée elle-même et dont les objets (s’ils existent) sont absolument hors de notre horizon. Ces idées donc ne doivent pas, à tout prendre, être regardées comme vides sous tous les rapports, bien qu’elles soient inaccessibles pour la connaissance spéculative. Mais ce sont des idées qui nous sont données dans une intention pratique par la raison législatrice, non pour que nous allions vainement nous creuser la tête sur leurs objets, ce qu’ils sont en soi, et selon leur nature, mais pour que nous en tirions les principes moraux qu’elles suggèrent relativement aux fins dernières des choses.

« Malgré la chute retentit avec force dans notre âme le commandement que nous avons l’obligation de devenir meilleurs, par conséquent, il faut bien par la suite que nous le puissions, même si ce que nous pouvons faire était en soi insuffisant et qu’ainsi nous nous rendions simplement susceptibles de recevoir une aide de plus haut, et pour nous insondable. »

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