Tout le mouvement de la pensée bataillienne consiste à
revendiquer pour soi, entre savoir et non-savoir, la souveraineté du
symptôme ; c’est-à-dire à vouloir la subir, comme une « volonté de
malchance », et à en jouer, pour en faire œuvre, pour la déjouer en la
respectant. Voilà pourquoi Bataille oppose si souvent ce que j’ai nommé le démenti
esthétique — sa valeur de vérité, d’épreuve, de vérification par l’inattendu —
à une consolation esthétique trop attendue et réconfortante, trop illusoire et
vaine, de formes inoffensives. C’est la possibilité ou la « chance »
d’un retour du refoulé qu’il convoque sans cesse dans la puissance visuelle
« offensive » ou « offensante », des formes plastiques. Il
y a bien une esthétique de Georges Bataille ; mais il faut préciser qu’il
s’agit résolument, d’une esthétique du démenti de toute consolation esthétique.
En bref, une esthétique de la mise en symptôme du champ esthétique lui-même.
Georges Didi-Huberman : La Ressemblance informe

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