Plus tard, les Apocalypses deviendront suspectes et
seront écartées comme la littérature hérétique. Le canon Muratori ne reconnaît
que l’Apocalypse de Jean et celle de Pierre, et cependant ces Apocalypses ne
devront pas être lues publiquement. Même les deux Apocalypses autorisées dans
le canon de Muratori seront sujettes à controverses. L’Apocalypse de Pierre tombe
peu à peu dans l’oubli et il n’en subsiste plus aujourd’hui que des fragments.
Un conflit violent éclate au sujet de l’Apocalypse de Jean et elle ne peut
finalement conserver sa place dans le canon néo-testamentaire que parce qu’elle
est couverte par le nom du disciple préféré de Jésus. Une méfiance persiste à
son égard, et dans l’Église syrienne, l’Apocalypse de Jean n’est pas reconnue
comme livre canonique. La dispute au sujet de l’Apocalypse de Jean montre que
l’Église chrétienne s’est détachée de l’apocalyptique. Corrélativement, la
compréhension du rapport entre la prédication de Jésus, la théologie de Paul,
et l’apocalyptique est perdue, mais par là est également perdue pour comprendre
le christianisme primitif. Des paragraphes chiliastiques sont retirés des
anciens récits chrétiens. Bien que le chiliasme trouve dans l’Église chrétienne
des défenseurs tels que Cerinthe, Papias, Irénée, Hippolyte, Lactance,
Tertullien, Méthode d’Olympe, Apollonius de Laodicée, il doit désormais mener
une existence toujours plus souterraines.
Jacob Taubes : Eschatologie occidentale

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