La transmission chamanique amène du trouble dans la
succession, active des relations obliques, saute des générations, sélectionne
des individus qui mettent en défaut la reproduction générique et genrée de
l’institution lignagère. Les onggor, en tant qu’ancêtres chamaniques,
résistent par ailleurs à la subsomption des ancêtres lignagers en un collectif
de morts anonymes. Ainsi, en inscrivant ces puissances individuelles, obliques
et réfractaires, dans des lieux, les chamanes instaurent un paysage alternatif
à celui des aînés de lignage et du clergé qui l’assiste : un paysage de
chamane médié par des chamanes, un paysage sonore et sensible où les cris
animaux trouvent une voix, un paysage où comptent les interventions des défunts
dans le quotidien de celles et ceux qui leur survivent… Le chamanisme permet
des apparitions en cascade, il les encouragerait presque, il accueille ces
situations, dangereuses pour tout autre institution fondée sur une
perpétuation, où les morts débordent les morts mêmes.
Grégory Delaplace : La Voix des morts

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