Calvaire

 

Nous sommes conduits à faire la part du feu. Rarement des hommes sont en état de se donner la mort, et non comme le désespéré, mais comme l’Hindou qui se jette sous un char de fête. Mais sans aller jusqu’à nous livrer, nous pouvons livrer, de nous-mêmes, une part : nous sacrifions des biens qui nous appartiennent ou, ce qui nous lie par tant de liens, nous nous distinguons si mal : notre semblable. Assurément, ce mot, sacrifice, signifie ceci : que des hommes, du fait de leur volonté, font entrer quelques biens dans une région dangereuse, où sévissent des forces destructrices. Aussi sacrifions-nous celui dont nous rions, l’abandonnant sans nulle angoisse, à quelque déchéance qui nous semble légère : le rire sans doute n’a pas la gravité du sacrifice.

Georges Bataille : L’Expérience intérieure

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