« Augenblick der Entscheidung »

 

Tout gouvernement est absolu… à partir de cette proposition de Maistre surgissent deux conclusions pratiques opposées, et qui, toutes deux, font face à la décision : la révolution ou la contre-révolution, positions extrêmes où se déchiffre l’époque. A mi-chemin de ces deux positions antithétiques, le libéralisme n’apparaît plus que comme une tentative de fuir la décision, ne pas décider, cela, grâce à la « discussion » perpétuelle. L’antithèse surgit au grand jour dès que la pensée radicale de la souveraineté apparaît : si la décision est ce qui confère sa valeur à l’Etat, par contre, elle est en tant qu’infaillibilité, l’essence même de l’Eglise catholique, qui est la décision ultime et sans appel. Que l’Eglise soit cette décision, voilà qui a dû requérir l’intérêt de Taubes. Schmitt ne cesse de le dire, mais sans développer les conséquences : la décision a un rapport fondamental avec le temps. Alors que l’idéal de la discussion bourgeoise libérale est moqué en tant que « motion de renvoi perpétuelle », la décision qu’incarne l’Eglise n’est pas seulement sans appel au sens de dernière instance de droit, elle a un sens par rapport au temps puisqu’elle est Ultime, Letzte. Cela ne pouvait pas ne pas retentir de toute sa résonance eschatologique aux oreilles de Taubes.

Raphaël Lellouche : La Guérilla herméneutique de Jacob Taubes

Commentaires