Source : Approches platoniciennes et platonisantes du mythe de l’androgyne originel par Maurice de Gandillac, in. L’Androgyne dans la littérature, actes du Colloque de Cerisy, éditions Dervy
Le mythe de l’androgyne originel, tel que l’expose
l’Aristophane du Banquet revêt deux significations assez différentes
selon que l’accent principal est mis sur l’unité primitive (elle-même
composite) des êtres singuliers qui seraient les ancêtres des humains (vivants
sphériques à quatre bras et à quatre jambes, eux-mêmes de trois espèces,
certains entièrement mâles, totalement femelles, d’autres androgynes) ou bien
sur la division brutale imposée par les dieux à ces sortes de monstres, pour
châtier une arrogance, sinon luciférienne, du moins titanesque, le paradoxe
étant que cette punition mutilante, va seule permettre l’exercice d’une
véritable activité sexuelle, dont la seule forme physiologiquement féconde est
celle des androgynes, de ceux, par conséquent, dont l’unité première était
duelle.
Or, il est clair que, pour Platon, le seul eros
légitime est celui dont la fécondité reste d’ordre spirituel et qui peut
conduire à une authentique éternisation, non certes ces accouplements
hétérosexuels qui ne servent qu’à compenser l’inéluctable mort des individus par une perpétuation de
l’espèce dans un monde sensible où tout, en dernière analyse, n’est qu’ombre et
illusion.
Sans doute cet amour, lui aussi, vise à sa façon, est
nostalgique de l’unité perdue, là notamment où il vise tout autre chose que la
procréation ; dans le Tristan, qui relève plus ou moins de l’érotique
étudiée par Nelli et rapprochée par lui de « l’amour fou » d’un André
Breton, l’hétérosexualité demeure apparemment inféconde et l’on imagine mal une
grossesse d’Iseut, mais la vie du couple n’échappe guère au tragique, liée à
l’absorption d’un philtre, perpétuellement menacée contrainte aux stratagèmes,
entachée de culpabilité, trouvant au bout du compte sa pleine vérité dans la
séparation, la méprise, et la mort.
A quoi nous ajouterons, comme entre parenthèses, et sans insister, que les frontières entre masculin et féminin restent assez imprécises dans toute une tradition dont Böhme est un témoin signifiant avec la notion de « Vierge virile », « männliche Jungfrau », avec l’identification au moins virtuelle, en mainte gnose, entre Sophia et Pneuma, entre la Sagesse présente à l’origine de la Création et l’Esprit qui souffle au-dessus des premières eaux avant de descendre comme illuminateur et purificateur sous la forme d’un feu, neutre comme pneuma hellénistique, mais féminin en tant que rouah hébraïque, et finalement pour nous masculin sous la double espèce du spiritus latin et du Geist germanique.

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