« Alors, on danse… »

 

Les rituels funéraires organisent l’oubli relatif des morts : c’est-à-dore, d’une part, l’oubli de certains morts, qui ne sont plus du tout censés exister en tant que personnes après leur décès, et d’autre part, l’oubli de certaines choses d’un mort, certaines composantes de son individualité, sa capacité à nourrir des désirs propres, etc. Chaque société trie les défunts qui lui importent et façonne ceux-ci en fonction des tâches qu’elle veut les voir accomplir. Le moment des funérailles le plus explicitement dédié à subjectiviser le mort, à la constituer comme un certain type de sujet, est celui que les folkloristes, les historiens, les ethnographes à leur suite ont pris l’habitude d’appeler les « lamentations. » Ces longues plaintes stylisées, qui prennent parfois la forme de poèmes et adoptent des mélodies caractéristiques, que l’on emploie seulement en ces occasions, prononcées à la frontière de la déclamation et du chant, souvent par les femmes de la communauté, parfois par des personnes spécialisées dans l’exécution de cette tâche cruciale, s’adressent la plupart du temps au défunt lui-même.

Grégory Delaplace : La Voix des fantômes

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