Alliance / Apostasie / Malheur

 

Source : Eschatologie occidentale par Jacob Taubes, traduit de l’allemand par Raphaël Lellouche et Michel Pennetier, précédé de La Guérilla herméneutique de Jacob Taubes par Raphaël Lellouche, édition de l’Éclat, collection Philosophie imaginaire, relecture 2015-2018-avril 2026, un livre essentiel

La prophétie affirme que c’est JHW lui-même qui amène intentionnellement le malheur sur son peuple. La théodicée du malheur, dans la prophétie, présuppose l’idée de l’alliance et de son abandon. L’idée de l’apostasie ne revient jamais dans le monde moyen-oriental mais Alliance-Apostasie-Malheur sont les syllogismes de la prédication prophétique. Mais jamais le malheur ne signifie la fin, jamais la prophétie ne renonce à prédire le salut, même si le salut recule dans le lointain et que seul le verra un reste du peuple.

L’eschatologie populaire d’Israël qui tourne autour du Jour de JWH, peut-être en écho du souvenir du Sinaï, est surtout une attente du salut. La face sombre du malheur y est présente, mais c’est les peuples qu’elle en rend responsables. C’est la prophétie seule qui brise l’équation Israël = Salut ; peuples = malheur, et qui modèle l’eschatologie en un schéma de l’histoire où se succèdent malheur et salut. L’eschatologie prophétique se distingue du verbe indéterminé de l’eschatologie populaire qui ne perturbe pas la vie quotidienne, par la certitude de la proximité de la fin. Le malheur annoncé est devant la porte, et par la croyance que la fin du monde est proche, la prophétie dévalue la vie et les occupations de ce monde.

« S’ils déconseillent de conclure des contrats, s’ils ne cessent de dénoncer la nature vaine et vaniteuse de ce monde, si Jérémie reste célibataire, c’est pour la même raison que Jésus, quand il avertit : Rendez à César ce qui est à César, ou Paul : Que chacun reste dans sa profession et que l’on reste célibataire ou marié selon son état, et que l’on ait femme comme n’en ayant pas. Toutes ces choses du présent sont indifférentes car la fin est toute proche » (Rudolf Otto : Reich Gottes und Menschensohn) L’attente de la fin marque de son empreinte la forme interne de la prophétie confère toute sa force à son annonce. Et bien que le salut tarde, on retrouve en chacun de ceux qui annoncent la fin prochaine la même foi passionnée, de Daniel à Jésus, de Bar Kokhba à Sabbataï Tsevi. C’est dans la tension vers l’avenir que vit l’apocalyptique. Ces hommes passionnés qu’Israël a produits, vivent dans une constante attente impatience.

Commentaires