Worse in progress

 

Je sais que je travaille et j’espère pouvoir travailler tant que la pensée, la volonté, la force nécessaires à tout travail ne m’auront pas trahi. En revanche, se prononcer avec assurance sur ce que sera, quant à son genre, son volume, son nom, l’œuvre qui, au bout du compte, surgira de ce travail, cela je n’ai jamais su le faire, et il en est encore ainsi, maintenant. Il est d’autant plus absurde et déplacé d’espérer que l’auteur puisse confier quoi que ce soit de son œuvre tant qu’elle est encore en gestation. Il s’agit là d’un processus si obscur, pour ne pas dire mystérieux, qu’il n’y a pas lieu de s’en préoccuper et à plus forte raison d’en parler. Chaque mot que nous prononçons risque d’effaroucher et de chasser cet oiseau craintif qui chante quelque part au-dessus de notre tête pendant que nous peinons à la recherche de l’expression.

Ivo Andritch : Signes au bord du chemin

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