« Tout envisager, ne rien croire »

 

L’arme la plus terrible dont Bergier dispose, et qui est aussi la condition de son équilibre, c’est l’ironie. Essayez de comprendre s’il croit ou pas à ce qu’il est en train de dire… Le soupçon que tout est vrai accompagne constamment que tout est faux. Après seulement vient le moment de la recherche de la vérification. Mais dans l’alliance Bergier Pauwels, la proposition « tout pourrait être possible » devient : » Tout est possible. »

La différence n’est pas sans conséquence. Celui qui soupçonne que tout peut être possible ne renonce à aucune piste de recherche, en acceptant toutefois la possibilité que, si une piste s’avère bonne, les autres peuvent aussi se révéler inutiles. Mais dire que tout est possible revient à dire que tout est vrai et que tout est vrai de la même façon, le yoga comme la physique nucléaire, l’élévation des pouvoirs psychiques comme la cybernétique.

Cette attitude ne s’appelle plus curiosité intellectuelle, mais syncrétisme. Une telle attitude est typique des époques de transition et il est curieux que nous ne visons point dans une période de transition et e passage mais déjà et directement dans la « quatrième dimension » qui, même si elle n’est pas l’âge d’or de la quatrième églogue de Virgile, en a toutes les caractéristiques les meilleures.

Umberto Eco : La Guerre du faux

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