Tout cela fait surgir un autre
problème : habitué à réaliser le lointain, dans l’espace, comme dans le
temps, à travers une reproduction presque charnelle, comment l’Américain moyen
réalisera-t-il son rapport au surnaturel ? Quand on écoute à la télévision
les retransmissions religieuses du dimanche matin, on se rend compte que Dieu
peut être vécu seulement comme nature, chair, énergie, image tangible. Comme
aucun prédicateur n’ose nous montrer Dieu sous la forme d’un mannequin barbu, ni
sous la forme d’un automate de Disneyland, il ne reste plus qu’à trouver Dieu
sous forme de force naturelle, joie, guérison, jeunesse, santé, développement
économique qui est, comme l’enseigne Max Weber, l’essence de l’éthique
protestante et de l’esprit du capitalisme.
Umberto Eco : La Guerre du faux

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