Entre l’action sacrée de la liturgie
et la praxis des avant-gardes artistiques comme de l’art dit contemporain, il y
a quelque chose de plus qu’une simple analogie. Une attention particulière pour
la liturgie de la part des artistes est déjà apparue dans les dernières années
du dix-neuvième siècle, en particulier dans ces mouvements artistiques et
littéraires qu’on définit d’ordinaire par les termes on ne peut plus vagues de
« symbolisme » ou « d’esthétisme » ou de
« décadentisme. » Au rythme même du processus qui, avec la première
apparition de l’industrie culturelle, repousse les partisans d’un art pur vers
les marges de la production sociale, des artistes et des poètes commencent à
considérer leur pratique comme la célébration d’une liturgie, liturgie au sens propre
du terme, en tant qu’elle comporte une dimension sotériologique, où semble être
en question le salut spirituel de l’artiste, et aussi une dimension
performative, où l’activité créatrice prend la forme d’un véritable rituel,
affranchi de toute signification sociale et efficace par le simple fait d’être
célébré.
Giorgiio Agamben : Création et anarchie

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