Depuis vendredi, j’ai fait grand place dans ma vie à
ces belles dames dévorantes que je rêvais de voir de près et que je me suis
bien gardé de diriger si vite vers l’Étoile Scellée. Je me suis laissé tout
envahir de leur présence, les observant sous tous les éclairages possibles tour
à tour et je ne suis pas parvenu à réduire leur mystère. Elles sont,
d’ailleurs, fort intolérantes pour ce qui les entoure ; mon atelier, trop
clair, encombré aussi de trop d’images et d’objets avec lesquels elles n’ont
rien à faire : ce n’est pas moi qui en disconviendrai. On aimerait leur
faire les honneurs d’un lieu secret, vraiment à leur mesure. Qui est cette
comtesse Midralgar, sans doute encore la plus troublante ? Est-ce
seulement de vous seul qu’elle tient son
nom ? Qu’il s’agisse là d’œuvre magiques au premier chef, d’emblée on s’en
assure. Toutes les puissances de l’invocation répondent à ce jeu si périlleux
et savant chez vous du dardé et du dérobé sur champ d’opale noire. On touche à
ce haut moment du Moine de Lexis que traduit, dans l’originale, une petite
vignette, avec la légende : « Restez, enchanteresse, restez pour ma
destruction. »
Lettre d’André Breton à Pierre Molinier, 8.06.1955

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