Illuminé

 

Source : Le Feu et le récit par Giorgio Agamben, éditions Rivages, collection Rivages poche, Petite bibliothèque

« Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant »

Mais c’est précisément pourquoi le livre qui en résulte, Une saison en enfer, présente le paradoxe d’une œuvre littéraire qui prétend décrire et vérifier une expérience non littéraire dont le lieu est le sujet qui, en se transformant de cette manière, se rend capable de l’écrire. La valeur de l’œuvre dérive de l’expérience mais cette expérience sert seulement à écrire l’œuvre, ou, du moins, cette expérience n’atteste sa valeur qu’à travers l’œuvre.

Rien peut-être n’exprime mieux la contradiction dans laquelle l’auteur avait fini par se trouver que le diagnostic très lucide : « Je devins un opéra fabuleux » Un opéra, c’est-à-dire un spectacle, dans lequel les « hallucinations simples » et le « désordre sacré » de son esprit s’offrent à son regard désenchanté comme sur la scène d’un théâtre de troisième ordre. Et que, dans ces conditions, l’auteur, confronté à ce cercle vicieux, se soit rapidement dégoûté de son œuvre comme des « délires » dont elle témoignait et qu’il ait abandonné sans remords et la littérature et l’Europe, ne doit pas surprendre.

Selon le témoignage de sa sœur Isabelle, qui n’est pas toujours fiable, « il brûla très gaiement, je vous assure, toutes ses œuvres dont il se moquait et plaisantait. »

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