À partir de Babel et de la diaspora
des langues, l’herméneutique juive ne regarde pas le passé, mais le futur, elle
n’est pas mue par le regret de la langue perdue, mais elle est poussée par une
nostalgie inépuisable de la langue à venir. Telle est sa caractéristique la
plus spécifique. La langue messianique ne sera assurément pas un instrument,
elle sera précisément l’inverse. Elle ne sera pas univoque et transparence,
elle sera plutôt une langue abyssale, pleinement polyphonique. C’est en fêtant
qu’elle exhibera sa plénitude abyssale ; ce sera par conséquent une langue
en fête. Son achèvement coïncidera avec l’achèvement de l’histoire, avec la fin
des temps. Lorsqu’elle aura dit, traduit le dicible, elle s’achèvera et comment
le fera-t-elle, cependant ? Et surtout : ce jour viendra-t-il ?
Donatella Di Cesare : Grammaires des temps messianiques

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