— Ce dont personne ne se souvient a pu
ne pas être, d’où toute chose existe tant qu’il y a quelqu’un pour s’en
souvenir. Et qui sait, peut-être y a-t-il eu, en plus de ceux dont nous nous
souvenons, une multitude innombrable de cris, de meurtres et de rêves. Mais
voilà, tout ceux qui devraient pieusement s’en souvenir sont bel et bien morts…
et c’est ainsi qu’un jour sombreront aussi dans le néant nos convulsions et nos
soupirs d’aujourd’hui. De telle sorte qu’il n’y a déjà plus rien, voilà donc
toute la fichue signification de l’Histoire et il est désormais loisible à qui
ça chante de la recommencer. Mais pour ce qui est de vous, Sergueï Iakovlich,
que voici, tâtez-vous, vous vous souvenez encore de vous-même, donc, vous
existez ?
— Non, moi aussi je suis mort, il ne
reste personne.
Leonid Leonov : Fin d’un petit homme

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