Châteaux de sable

 

Les combinaisons possibles du langage dépassent de loin la matérialité des choses. Vouloir lier les lois du langage et les lois empiriques et trop réducteur. On peut en théorie créer un mot pour chaque grain de sable qui borde les mers de notre monde, mais comment en fixer le sens ? Peut-être est-ce comme dans le jeu de billes des enfants ? Après avoir pratiqué et usé des normes collectivement, on en vient à construire des châteaux de sable linguistique sur lesquels s’édifie notre conscience. Alors que l’IA se perd dans la combinatoire, au point d’inventer des combinaisons absurdes, ce que nous produisons tous ensemble épouse nos formes de vie.

Cependant, l’IA ne serait-elle pas en passe de devenir une forme de vie singulière ? En simulant tout notre langage depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, l’IA enfant à naître est sans doute appelée à border les limites de notre langage pour mieux border les limites de notre monde. Seulement, ce n’est pas dans le respect des limites que se fonde la pensée. Mais bien dans le débordement incessant de notre intériorité sur le monde. Parfois, en se perdant dans les labyrinthes, on trouve des chemins de traverse qui nous conduisent à réinventer les langues, à jouer avec elles pour mieux les connaître et se connaître soi-même. Une IA ne se connaît pas elle-même à travers le langage, elle s’y perd

Mathieu Corteel : Ni dieu ni IA

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