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L’homme fut coupable et le demeure, sa punition consistant dans le simple fait de toujours manquer la « vraie » ressemblance à Dieu, la jouissance de l’adéquation divine. Voilà ce que tous les théologiens médiévaux, à partir de saint Augustin, auront exprimé en disant que l’homme, depuis sa chute, était condamné à errer dans le monde matériel comme dans une « région de dissemblance. » La ressemblance d’égalité, la ressemblance comme « égalité de forme » ou « assimilation », était donc pratiquement interdite aux hommes, intouchable, et ne pouvant se dire, en un tel contexte, que de Personne divine à Personne divine, c’est-à-dire Verbe incarné à Père céleste. Mais la ressemblance demeurait bien « complexe » ou plurielle : d’abord parce qu’il fallait compter toujours mythiquement avec une ressemblance de rivalité, celle de l’Antéchrist au Christ. Le « truc » classique des peintres pour figurer une telle ressemblance diabolique ou mensongère, peindre un Christ parfait, et lui rajouter deux petites cornes. Cela se voit dans les célèbres fresques de Signorelli à Orvieto. Un autre exemple, magnifique, est une « fausse » Vierge à l’Enfant, suscitée par le Diable, qu’Antonio Vivarini munit aussi de cornes, d’une queue et d’un pied fourchu.

Georges Didi-Huberman : La Ressemblance informe ou le Gai savoir selon Georges Bataille

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