Si Darwin avait vu l’existence sous le
même aspect que Dostoïevski, il aurait parlé non de la loi de la survie du plus
adapté, mais de la loi de destruction des espèces. Si les historiens et les
théoriciens de la connaissance avaient écouté Dostoïevski, ils auraient
remplacé le principe de la raison suffisante par celui de l’absolue déraison.
Nulle chose dans les romans de Dostoïevski n’est déterminée par une autre.
C’est la logique de Tertullien, parce que c’est absurde, la logique du rêve. Le
prince Mychkine s’occupe des affaires des autres parce qu’il n’a pas besoin de
s’en occuper ; Rogogine tue Nastassia Filipovna parce que c’est la chose
la plus inepte qu’il ait pu faire ; Nastassia Filipovna aspire à la
sainteté parce qu’elle sait très bien qu’elle ne s’en approchera jamais.
Toujours des crises, toujours des extases.
Léon Chestov : Sur la balance de Job

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