Je sais que le plus difficile pour
l’homme est d’être condamné à aller sans savoir lui-même où il va. Apparemment,
on ne peut imposer une telle exigence à l’homme. Mais il ne s’agit ici
nullement d’exigence. Personne ne prétend que tous les hommes doivent toujours
négliger l’évidence. C’est le contraire, peut-être bien : tous doivent
toujours tenir compte de l’évidence. Mais l’un ou l’autre peut, parfois, ne pas
en tenir compte, et certains, effectivement, la négligent. Et alors, il
commence à avoir l’impression que l’éternité n’est qu’une image immobile du
temps, que ce qui a un commencement n’a pas de fin, que la philosophie biblique
est beaucoup plus profonde et perspicace que la philosophie moderne, et même,
pour tout dire, que le récit du péché originel n’a pas été inventé par les
Juifs mais qu’ils l’ont reçu par une ce ces voies sur lesquelles les théories
les plus modernes de la connaissance ne pourront vous renseigner.
Léon Chestov : Sur la balance de Job

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