Comment se fait-il qu’ils ne soient pas capables de se
rendre compte du fait essentiel, à savoir que, tandis qu’ils discutent, le
nombre de gens ne cesse d’augmenter ? Quel démon animé d’une malveillance
absolument gratuite les empêche de se rendre compte du nombre ? Dites, à
quoi bon les systèmes les plus justes et la répartition des biens les plus
équitables si entre-temps la voisine se multiple par douze, si le crétin du
rez-de-chaussée fait six gosses à sa matrone et si, au premier étage, on passe
de deux à huit locataires ? Sans parler des Noirs, des Asiatiques, des
Malais, des Arabes, des Turcs et des Chinois… Que sont donc tous vos discours
sinon les sornettes d’un idiot qui ignore la dynamique de ses propres organes
génitaux ? Que sont-ils sinon le caquetage d’une poule assise sur la plus
terrible des bombes : ses œufs ?
Witold Gombrowicz : Journal II

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