Proudhon rencontre Baudelaire qui lui
apprend qu’on en veut à sa vie. Ils déjeunent ensemble. Proudhon boit peu,
mange énormément. Le poète veut régler l’addition ; il refuse et tient à
payer sa part. Face à l’étonnement de Baudelaire, il invoque son goût, un peu
raide, pour l’égalité. L’affaire des menaces de mort fait pshitt. Il n’y eut
pas d’autre rencontre. Baudelaire écrit plus tard, pour le déplorer vivement,
que Proudhon ne fut jamais dandy ; dans l’esprit du poète esthète vêtu de
ses blouses noires, c’est le moins qu’il puisse dire. Mais on peut être un
philosophe en sabots, attifé à la va-vite, et dandy si l’on définit le mot
comme « l’art d’être seul de son parti » Nul besoin comme Nerval de
traîner un homard en laisse ou de se teindre les cheveux en vert comme
Baudelaire ; passer pour une terreur auprès des bourgeois républicains
vaut certificat de dandysme. Car, à cette heure, Prouhdon est l’homme le plus
haï de son temps.
Michel Onfray : L’anarchie positive : du bon usage de Prouhdon

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